lundi 12 juin 2006
To love or not to love coca cola.
Je pense que je n'aime pas le coca. Je pense. Je n'en suis pas certaine. Je ne sais pas comment on est certain de ces choses là, un jour, qu'on n'aime pas le coca. On essaye. On en boit, un peu, un peu plus. On s'arrête. On pousse le verre. On fait une grimace. On a 8 ans. On aime pas le coca. Mais alors pas du tout. On essaye encore à 10 ans, à 15 ans, à 25 ans. On aime toujours pas. C'est plein de bulles. Ca sent le médicament, ça a comme le goût de la citrate de bétaïne pour corriger les maux de ventre. C'est vraiment dégueulasse. Ca grignote les dents, ça assèche la langue, ça donne des renvois. Je n'aime pas le coca. Et pourtant. Tout le monde boit du coca. Il y a des pubs partout. C'est que ce doit être bien le coca. Puisque tout le monde en commande, tout le monde en sirote, tout le monde en remplit les caddys dans les grands supermarchés. Ne pourrais-je pas me forcer un peu? Peut-être que je finirais par aimer, par adorer. Peut-être.
Je pense que j'aime le jus de pamplemousse. Je pense. Je n'en suis pas certaine. C'est venu comme ça, un jour. Il y avait du jus de pamplemousse à une table où j'étais assise et j'en ai bu et j'ai bien aimé. Je n'ai pas adoré tout de suite, mais ce goût amer d'agrume ne m'a pas laissée indifférente. J'ai bu lentement. Il faisait beau, je me souviens. C'était un été tranquille, un été qui ressemblait à l'Italie en pleine campagne française, alors que je détestais ou croyais détester la campagne, toujours morne à mes yeux, même sous le soleil. Mais là, je ne sais pas, à cause du jus de pamplemousse, à cause du ciel si beau, si bleu, j'ai aimé cette campagne vide, un peu sauvage, même très sauvage à bien y regarder, à y regarder de très très près. Et le jus de pamplemousse dans le petit verre à moutarde. J'aimais. Et aussi ce sentiment excitant de la découverte du pamplemousse en jus. Alors qu'il y en avait toujours eu autour de moi, toujours plein, chez les amis, à l'école, au lycée, à la fac. A côté du coca.
Dans quelle catégorie dois-je me ranger? Les buveurs occasionnels de coca? Les buveurs discrets de jus de pamplemousse? Je ne sais pas. Je ne suis pas décidée. Je me demande ce qui pourrait me décider. Ca paraît simple comme chose à faire, a priori, mais rien n'est jamais simple pour moi. Je suis un peu compliquée. Ca n'embête pas beaucoup de gens. Ca m'embête à moitié. D'être compliquée. Ca a aussi des avantages. On réfléchit deux ou trois fois plus à ce qu'on fait, aux choix qu'on prend. Ca n'empêche pas forcément d'être spontané, d'aimer les surprises. Ce doit être un truc d'anxieux. Etre compliqué. Se torturer les méninges et finir par aimer le faire, finir par trouver ça marrant.
Parce que trouver une réponse à une question aussi banale que le choix entre le coca et le jus de pamplemousse est un prétexte. Drôle. Le problème n'en est pas un en tant que tel, évidemment. Quand j'ai soif, je bois ce qui me tombe sous la main, et si c'est du coca, eh bien, c'est du coca. C'est buvable, ça ne me tue pas. Ce n'est pas un choix qui porte à grandes conséquences. Maintenant, une fois cela admis, remplacez coca par 'la peine de mort', ou bien par 'la Foi' ou bien encore par 'les hommes'. Soudainement les choses paraissent moins simples, non?
J'avais une bonne fois pour toutes décidée que certaines questions étaient résolues. Dossier clos. Je n'y reviendrais plus. L'amour, le sexe, la politique, tout cela était bien résolu, net, un peu conformiste par certains aspects, mais l'époque le voulait, l'âge aussi, l'âge des décisions définitives. Alors pourquoi remettre les choses en cause aujourd'hui, au moment le plus innoportun, au moment où de chaque côté on me pousse, sagement, à ne plus n'en faire qu'à ma tête? C'est étrange. Je ne sais pas d'où ça vient ni où ça va. Surtout où ça va. Cette remise en cause, ce doute, ce questionnement des choix d'avant. S'agit-il d'un retournement? Non, pas vraiment. Ca n'en a pas l'allure. Ca ne donne pas le tournis. Ca ne met pas la tête à l'envers. S'agit-il d'une fausse piste? Qui peut le dire? Il faut aller au bout et voir, on ne sait pas avant, il n'y a pas d'indications, pas de signes en chemin pour dire attention. S'agit-il encore et toujours de cette incapacité à se défaire du poids de la norme? Cette norme représentée par les gens autours de soi, qui eux-mêmes (sans s'en douter le moins du monde) représentent la société. S'agit-il de cela donc, de la douleur de l'écartement entre un choix et une norme qui ne se rencontrent pas, qui ne s'entendent pas, qui ne se ressemblent pas?
Mais j'en suis presque sûre. Je n'aime pas le coca. J'en bois encore. Occasionnellement. Mais je n'aime pas.
Voilà déjà un avancement.
Commentaires
Kein Betreff
genial ce texte, jadore
Je n'aime pas du tout le coca. Quand j'étais en Angleterre pour un séjour linguistique, il n'était pas rare que ma famille d'accueil ait à me fournir un repas à emporter lors des excursions. Comme boisson : du coca, encore et toujours... que j'échangeais contre un jus de fruit ou quelque chose d'approchant...
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