lundi 22 mai 2006
Grieve
Il regarde le ciel au dessus de lui.
Le ciel le noie.
Il est debout malgré tout, malgré la fatigue qui pèse sur ses épaules. Sa chemise est devenue trop grande. Son pantalon flotte sur les jambes amaigries. Ses mains n'ont pas de force, elles sont devenues si légères, pense t-il. Il les cache dans ses poches. Son coeur se remplit et se serre pour faire de l'espace. L'homme s'aperçoit combien sa respiration est devenue lente. Elle n'est pas apaisée. Quand il monte les escaliers son souffle est court, raréfié, comme dans un tuyau bouché.
L'homme touche ses bras. La peau est très blanche, des veines bleues courent dessous, une ligne interrompue. Il aimerait que la ligne devienne un mot, puis plusieurs mots, et enfin une phrase. Qu'aurait à dire son sang malade?
Devant le petit bureau de sa chambre, la fenêtre est ouverte. Elle fait entrer des poussières de chaleur. C'est là que la nature échoue, sur sa machine à écrire qui se tait maintenant. Fini le clicquetis du matin et du soir. L'homme aussi est silencieux. Les mots deviennent des étrangers pour lui. Avant il les aimait et lui l'aimaient également. Maintenant c'est fini. L'homme sait qu'il va viellir encore, et cette fois plus vite. Un jour il n'aura plus assez de force pour porter son corps. Un jour la mort viendra près de lui, elle lui parlera et ensuite elle partira, sans le prendre encore, en lui laissant ses peurs. Alors l'homme jettera ses livres, ses stylos, tout ce qui l'identifie aujourd'hui à un écrivain, et il s'endormira comme une ombre...
L'écrivain marche dans la villa, avance dans chaque pièce comme un visiteur, regarde les choses patiemment. Il entre dans la chambre de l'épouse. Il voit les vêtements posés sur le lit. Sa main s'arrête sur l'oreiller qu'il prend et porte à son visage. Il reste ainsi jusqu'à ce que, un moment, la tête lui tourne. Il s'assoit sur le bord du lit et repose l'oreiller. Il attend, les mains sur ses genoux, attend que le vertige passe.
Il descend l'escalier. Dans sa chambre une cigarette finit de se consumer. La fumée part dans l'air comme les signaux d'un message. La mort est une vieille chose, comme le temps, et l'écrivain pense qu'il n'est prêt à affronter ni l'une, ni l'autre.
Commentaires
"C'est là que la nature échoue, sur sa machine à écrire..."
Je pense souvent à ça, à ce que transporte le vent... En été surtout... Encore un joli texte mon Nuage. Merci !
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